Thème : Ecole                                                

 


 

En 2013 je suis arrivé à la conclusion que seule l'exemplarité d'expériences pédagogiques alternatives, soutenue par un mouvement des acteurs de ces expériences, peut introduire une dynamique de changement dans le système éducatif français. Le système éducatif public, et le privé tout autant, s'est enferré dans son académisme et a mis des bâtons dans les roues aux tentatives de rénovation pédagogique. Voir le livre de Philippe Meirieu, Un pédagogue dans la Cité  : conversation avec Luc Cédelle, Paris, Desclée de Brouwer, 2012, et http://www.meirieu.com . La tentative limitée et prudente de «  refondation  » de l'Ecole par le ministre Peillon est paralysée par l'immobilisme d'une grande partie des enseignants et l'autoritarisme d'une grande partie des inspecteurs.

J'ai toujours été favorable à l'approche Freinet, tout en constatant, dans mon métier de professeur de philosophie en lycée, qu'il était beaucoup plus difficile à un enseignant de la mettre en oeuvre dans le secondaire que dans le primaire, d'une part du fait de la pression des exigences de l'examen, d'autre part du fait que les élèves ont affaire à un enseignant différent pour chaque discipline, et que les collègues ne sont en général pas très disposés à faire un travail coopératif (dans toute ma carrière j'ai rencontré seulement une fois un collègue qui accepte de venir en observateur à un de mes cours et réciproquement). Ma participation à des projets associatifs en pédagogie n'a été qu'épisodique. Cela ne me paraissait pas prioritaire dans ma vie. Je ne me sentais pas suffisamment motivé pour oeuvrer moi-même à la création d'une équipe, estimant que l'idéologie du système éducatif français n'était pas si mauvaise que cela, ainsi que ses progrès en termes de réussite des élèves. Je me suis donc contenté de fabriquer moi-même ou d'adapter des protocoles de cours et des documents de travail pour les élèves, et de les transmettre à mes collègues, mais sans jamais réussir à obtenir d'eux une coopération. Au cours des années 2000 j'ai eu l'impression que les facteurs de "grippage" du système étaient de plus en plus importants, qu'on assistait à un enlisement de la dynamique de progression de la réussite scolaire ; et je suis arrivé à la conclusion que le caractère exagérément académique de l'acquisition des savoirs dans l'enseignement secondaire en France, ainsi que la rigidité bureaucratique de l'institution, étaient devenus des obstacles majeurs à la mise en oeuvre d'une éducation répondant aux conditions et aux possibilités de la société actuelle. La comparaison avec les réformes réalisées en Finlande était éloquente. J'ai essayé de préciser ce diagnostic et de proposer des remèdes dans deux textes :

Mammouth cherche futur, qui est pour une bonne part une théorisation de l'expérience de mon épouse Corine Lefort en tant que directrice d'école élémentaire et formatrice d'enseignants,

et A l'Ecole, résister ça va , mais sans créer bonjour les dégâts ! qui est le versant Ecole de la nécessaire transition écologique.


Mais finalement je me suis rendu compte que la première chose à faire est de montrer aux collègues comment s'y prennent les équipes qui d'ores et déjà mettent en oeuvre de tels remèdes, or ces équipes sont rares dans le secondaire. C'est pourquoi je ne voulais pas terminer ma carrière sans réaliser au moins un reportage monographique sur une expérience de type Freinet (ou apparenté), de préférence dans le cadre de l'enseignement secondaire public français. J'ai donc pris contact en juin et septembre 2013 avec l'équipe d'enseignants Freinet de La Ciotat et rédigé une note de présentation du CLEF (Collège-Lycée Expérimental Freinet) :

Des classes Freinet dans le secondaire, c'est possible, mai 2014, accessible sur http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/05/12052014Article635354691651630131.aspx .